Lafrique Dans La Mondialisation Dissertation Definition

Le terme de mondialisation (l'anglicismeglobalisation est parfois aussi employé) correspond à la libre circulation des marchandises, des capitaux, des services, des personnes, des techniques et de l'information. Il désigne le processus d'intégration des marchés et de rapprochement des hommes qui résulte notamment de la libéralisation des échanges, du développement des moyens de transport de personnes et de marchandises, et des retombées des technologies de l'information et de la communication à l'échelle planétaire[1]. Elle se manifeste, outre l'interdépendance croissante des économies (mondialisation économique) et l'intensification de la concurrence, par l'expansion des échanges et des interactions humaines[2].

Étymologie[modifier | modifier le code]

En français, le mot est utilisé pour la première fois par Pierre de Coubertin, dans un article du Figaro daté du 13 décembre1904, ainsi que l'a montré le géohistorien français Vincent Capdepuy[3]. Il apparaît ensuite dans un ouvrage de Paul Otlet[4] en 1916. Le mot désigne alors une appropriation à l'échelle du monde et s'inscrit dans une réflexion sur la réorganisation de la vie internationale après la guerre. Cependant, les occurrences restent rares durant l'entre-deux-guerres.

En 1907, dans le cadre d’une réflexion sur la place de l’ethnographie Arnold van Gennep parle d’« un « mondialisme » croissant »[5] ; en 1933, il écrit : « car nous vivons en plein dans ce que je nommerai la Mondialisation de l'Humanité »[6]. Les guillemets dans un cas, l'italique dans l'autre montrent que les mots sont nouveaux.

Après la Seconde Guerre mondiale le mot est employé de façon croissante[7].

Définition : globalisation et mondialisation[modifier | modifier le code]

La distinction entre ces deux termes est propre à la langue française. Au départ, d'un point de vue étymologique, comme pour le sens commun, monde (tiré du latin mundus : univers) et globe (tiré du latin globus : en tous sens) sont suffisamment proches a priori pour que mondialisation et globalisation soient synonymes dans leur emploi initial en langue française.

En anglais, l'usage premier revient au terme « globalisation », repris d'ailleurs par la plupart des autres langues. Le terme anglophone globalization recouvre largement le même débat que la variante sémantique francophone. Différentes personnes peuvent accorder telle ou telle nuance de sens aux termes employés, selon qu'ils mettent l'accent sur la dimension économique, culturelle ou politique, en fonction de leur appartenance, consciente ou non, à tel ou tel courant de pensée.

Le géographe Laurent Carroué, spécialiste de ces questions, plaide pour une distinction plus nette de ces deux termes. Pour lui, la mondialisation peut être définie comme le processus historique d'extension du système capitaliste à l'ensemble de l'espace géographique mondial. Il critique l'usage trop vague de globalisation.

En français, malgré la proximité de « globalisation » avec l'anglais, la particularité de « mondialisation » repose sur une divergence sémantique. D'après le sociologue Guy Rocher : « La mondialisation pourrait être définie comme l'extension à l'échelle mondiale d'enjeux qui étaient auparavant limités à des régions ou des nations. » Tandis que l'internationalisation« nous réfère aux échanges de diverses natures, économiques, politiques, culturels, entre nations, aux relations qui en résultent, pacifiques ou conflictuelles, de complémentarité ou de concurrence. » D'après lui « si l'on parle de mondialisation, on entend évoquer une autre réalité, contemporaine celle-là : l'extension de ces relations et de ces échanges internationaux et transnationaux à l'échelle du monde, conséquence de la rapidité toujours croissante des transports et des communications dans la civilisation contemporaine. Quant à la globalisation - un terme qui a la préférence du sociologue -, elle ferait référence à un système-monde au-delà des relations internationales, au-delà de la mondialisation, un fait social total au sens propre du terme, un référent en soi. »[8]

L'intérêt pour la mondialisation se généralise également au cours des années 1990. Il s'agit de la vision d'un monde qui évolue peu à peu vers le « village global » décrit par Marshall McLuhan. Il s'agit de l'influence des mouvements antimondialistes et altermondialistes, qui attire l'attention du public sur l'ampleur et les conséquences du phénomène.

Dans le monde académique et particulièrement anglophone, la popularisation du terme globalization et son usage comme terme « fourre-tout » a accentué le débat académique. Il est maintenant admis que le terme désigne le développement de l'interdépendance au niveau mondial. À partir de cette définition générale chaque grand courant académique met l'accent sur la dimension qui lui paraît la plus pertinente. Par exemple, certains universitaires comme Manuel Castells se concentrent sur le lien entre les dimensions économiques et sociales. D'autres, comme John Urry (en), mettent l'accent sur la complexité croissante qui caractérise tous les échanges humains (économiques, culturels et politiques). Aussi, le terme et sa popularité sont liés aux problématiques de développement, comme le montre Jan Nederveen Pieterse et son concept d'hybridity. Les polémiques qui agitent le milieu universitaire anglophone reflètent l'existence d'un débat planétaire. Urry est Anglais mais Castells est Espagnol et Pieterse Hollandais.

Le terme s'enrichit au cours du temps au point de s'identifier, d'après Robert Boyer, à une nouvelle phase de l'économie mondiale[9]. Plusieurs définitions peuvent être distinguées. En 1983, Théodore Levitt désigne sous ce terme « la convergence des marchés qui s'opère dans le monde entier ». Terme qui s'applique surtout à la gestion des multinationales et concerne exclusivement les échanges internationaux. Globalisation et technologie semblent façonner avec constance et résolution les relations internationales. Tout se passe comme si le « monde entier » constituait une entité unique vendant la même chose, de la même manière à des coûts relativement bas[10]. La firme multinationale doit s'adapter aux différences nationales, mais seulement à regret, dans la mesure où elle n'est pas parvenue à circonvenir ou à recomposer les demandes spécifiques qui s'adressent à elles.

En 1990, Ken'ichi Ōmae[9] applique la notion à l'ensemble de la chaîne de création de valeur (R&D, ingénierie, production, marchandisation, services et finance). La marche à la globalisation se fait par étapes : « Après avoir développé ses exportations à partir de sa base nationale, l'entreprise établit à l'étranger des services de vente, puis produit localement, puis ultérieurement accorde une maitrise complète à la filiale créée sur place. » Le processus est alors à son terme : l'intégration globale où les firmes d'un même groupe conduisent leur R&D, financent leurs investissements et recrutent leur personnel à l'échelle mondiale. Pour la grande firme multinationale, la globalisation pointe une forme de gestion totalement intégrée à l'échelle mondiale.

Dimensions multiples[modifier | modifier le code]

La genèse du terme explique que ce processus soit le plus souvent envisagé sous le seul aspect de la mondialisation économique, développement des échanges de biens et de services, accentuée depuis la fin des années 1980 par la création de marchés financiers au niveau mondial. Toutefois s'y ajoutent :

  • l'aspect culturel qu'apporte l'accès d'une très large partie de la population mondiale à des éléments de culture de populations parfois très éloignées d'une part et aussi la prise de conscience par les pays développés dans leur ensemble de la diversité des cultures au niveau mondial[11].
  • l'aspect politique que représente le développement d'organisations internationales et d'ONG[12].
  • l'aspect sociologique de la mondialisation résumé par Zygmunt Bauman, sociologue et professeur émérite des universités de Varsovie et de Leeds : « La mondialisation est inéluctable et irréversible. Nous vivons déjà dans un monde d’interconnexion et d’interdépendance à l’échelle de la planète. Tout ce qui peut se passer quelque part affecte la vie et l’avenir des gens partout ailleurs. Lorsque les mesures à adopter ont évolué dans un endroit donné, il faut prendre en compte les réactions dans le reste du monde. Aucun territoire souverain, si vaste, si peuplé, si riche soit-il, ne peut protéger à lui seul ses conditions de vie, sa sécurité, sa prospérité à long terme, son modèle social ou l’existence de ses habitants. Notre dépendance mutuelle s’exerce à l’échelle mondiale (…)[13]. » L'évolution touche aussi de plus en plus aux identités et aux valeurs, c'est-à-dire à l'idéologie dans ses composantes socio-économique et socio-culturelle. Les espoirs qu'elle suscite -et sont parfois de l'ordre du fantasme[14] -sont aussi à la hauteur des désillusions provoquées par la crise économique persistante des années 2000. Le nouvel équilibre mondial qui se dessinait est ainsi remis en cause par ces nouvelles données économiques et la dépression du marché mondial qui touche d'abord l'Europe et dans une moindre mesure les États-Unis[15].
  • l'aspect géographique : la mondialisation est une réalité spatiale qui est aujourd'hui largement étudiée par de nombreux géographes notamment Laurent Carroué. Elle ne correspond pas à une uniformisation du monde ou à la disparition des territoires mais plutôt à la double logique d'intégration-fragmentation qui entraîne une hiérarchisation et une polarisation très forte des territoires.
  • l'aspect managérial de la mondialisation consiste en la localisation des toutes fonctions de l'entreprise (les firmes multinationales) à l'échelle mondiale en fonction du critère du coût de revient. L'effondrement du bloc communiste à partir de la chute du Mur de Berlin en 1989 a reconfiguré le marché mondial et l'a unifié au profit du libéralisme économique qui règne en maître dès lors sur la planète.

En toute rigueur, il conviendrait ainsi de parler « des » mondialisation« s », afin de distinguer le domaine considéré (économie, culture, politique) et la période historique envisagée.

La forme actuelle de la mondialisation de la fin du XXe siècle et du XXIe siècle repose sur deux facteurs essentiels[16] :

  • la faiblesse des coûts de transport au regard des écarts des coûts de production (au sens économique du terme), qui touche les biens matériels,
  • la baisse des coûts de communication au niveau mondial, qui touche la diffusion sous forme numérique des informations, y compris financières.

Histoire[modifier | modifier le code]

Si le terme « mondialisation » est récent, il désigne cependant différentes périodes de l'Histoire, dont certaines sont fort anciennes. La mondialisation -processus qui donne, selon la définition des dictionnaires, aux diverses activités et aspirations une « extension qui intéresse le monde entier » - a commencé depuis bien longtemps. Des milliers d'années avant que n'apparaisse la racine du mot « monde » ou « globe ». La mondialisation actuelle trouve des racines dans la réalité historique du XIXe siècle[17] jusqu'à la Première Guerre mondiale ou même plus lointaines comme les tentatives d'unification du monde romain, de Charlemagne ou de l'Espagne de Charles Quint, assurant leur domination bien au-delà d'un pays, voire des frontières européennes[18].

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Selon Nayan Chanda[19] le processus de mondialisation commence avec les premiers mouvements de population qui émigrent à partir de l'Afrique centrale vers l'Europe en -40 000 et vers l'Asie en -60 000. La suite de l'histoire n'étant qu'une série de tentatives des populations ainsi dispersées de se rapprocher et d'échanger pour partager marchandises et expériences.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Une seconde manifestation du processus peut être située à partir du IIe millénaire av. J.-C. le long d'une vaste zone commerciale s'étendant de l'Indus au monde minoen via les cités du Croissant fertile. Cette première tentative sera de courte durée du fait de l'arrêt des échanges commerciaux causé par l'irruption d'envahisseurs indo-européens à la fin du IIe millénaire av. J.-C. Une seconde tentative aura lieu à partir de la fondation de l'Empire perse qui permet d'établir un contact commercial indirect entre les colonies phéniciennes et grecques, et les cités indiennes, entre Gibraltar et le Gange. Les Grecs vont ainsi prendre pleinement conscience de l'étendue du monde comme le montrent les relations d'Hérodote, et, plus encore, de Ctésias de Cnide, médecin du grand roi perse.

Loin de mettre un terme à ce processus d'unification commerciale, culturelle et diplomatique du monde antique, la destruction de l'empire perse, et la formation des États hellénistiques va l'accroître sensiblement. Ainsi la « mondialisation » hellénistique partage-t-elle de nombreux traits communs avec celle du temps moderne :

  • Le brassage des populations : à la suite des conquêtes d'Alexandre, les Grecs vont s'installer un peu partout dans l'empire perse (en particulier en Bactriane). En conséquence se créent des cités cosmopolites à l'exemple d'Alexandrie, peuplée de Grecs, d'Égyptiens, de Juifs et d'Orientaux.
  • La constitution d'une culture mondiale : la koinè grecque devient la lingua franca, et la culture grecque devient culture universelle que s'efforcent d'acquérir les non-Grecs. S'y joint la constitution d'une Welt-Literatur (de) ou d'une World literature (la bibliothèque d'Alexandrie contenant des textes indiens et bouddhistes).
  • L'intensification et la mondialisation des échanges : le commerce devient particulièrement florissant, essentiellement du fait qu'Alexandre y réinjecte les liquidités jusqu'alors thésaurisées par les Perses. D'autre part la quasi-disparition de toute autorité impériale met à mal les barrières douanières. Se manifestent ainsi nombre de phénomènes typiques d'une économie « mondialisée » : des Grecs installés en Inde confectionnant des Bouddhas qui seront exportés jusqu'au Japon. Ainsi va se développer le commerce dit « au long cours ».
  • Le multilatéralisme : constitution d'États plus ou moins égaux par leur taille et par leur force, ce qui entraîne une certaine émulation.
  • L'innovation technique : grandes découvertes scientifiques et avancées techniques qui ne seront pas égalées avant longtemps à Syracuse et Alexandrie en particulier.

Avant le XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Les hommes du XVIIe siècle ou des siècles antérieurs avaient des représentations du monde différentes des nôtres. La Terre était peuplée de moins de 700 millions d'habitants. Il n'est donc pas question de mondialisation. Des évènements politiques et culturels majeurs ponctuent l'Histoire :

  • extension de l'Empire romain, unification de la Chine, grands mouvements de population,
  • extension de l'Empire byzantin à partir du VIe siècle (empereur Justinien) ;
  • formation de l'Empire carolingien aux IXe siècle-Xe siècle, extension musulmane ;
  • ouverture de routes commerciales dès la fin du Xe siècle en Europe (cf. Pierre Riché, le terme Europe n'était pas encore employé), foires de Champagne au XIIe siècle, à cette époque, la Chine est florissante sous l'empire Song.
  • les conquêtes de Gengis Khan, commencées en Chine en 1218 et poursuivies par ses descendants, ont conduit à la formation du plus grand empire terrestre contigu de l'Histoire[20] ;
  • la Chine lance entre 1405 et 1433 des expéditions vers l'Afrique (Amiral Zheng He) ;
  • la Renaissance au XVe siècle s'accompagne d'échanges maritimes en Mer du Nord, en mer Baltique (Ligue hanséatique), et entre la Mer du Nord et les ports italiens en contournant l'Espagne. Au XVIe siècle suivront les grandes découvertes.

Ces changements s'accompagnent d'une extension considérable de l'espace connu ainsi que des échanges économiques, technologiques et culturels entre civilisations.

L'étude des échanges de biens de ces époques conduit à penser que l'historiographie du XIXe siècle a sous-estimé l'importance des échanges matériels et culturels entre civilisations éloignées jusqu'à la fin du Moyen Âge ; par exemple :

Aux XVe siècle et XVIe siècle, le mouvement de la Renaissance entraîne un grand bouleversement : l'imprimerie apparaît, et les Européens lancent les grandes découvertes.

Pendant le Siècle des Lumières, la diffusion de la presse, la prise de conscience de l'héliocentrisme, l'industrialisation et la colonisation entraînent d'autres types de bouleversements, que Montesquieu analyse en ces termes : « Aujourd'hui nous recevons trois éducations différentes ou contraires : celle de nos pères, celle de nos maîtres, celle du Monde. Ce qu'on nous dit dans la dernière renverse toutes les idées des premières[21]. »

À la même époque, la mondialisation devient possible grâce au développement de la marine marchande. Le travail des marins comme les produits transportés sont considérés par les classes dirigeantes comme des marchandises, ainsi que le notera l'économiste William Petty : « Le travail des marins et les cargaisons des navires sont toujours des marchandises exportées, un surplus qui, une fois retranché ce qui est importé, ramène de l’argent ». Ces marins travaillent de leurs mains (ils sont pour cette raison appelés « hands »), et ne possèdent que leur force de travail[22]

Révolution industrielle[modifier | modifier le code]

Article connexe : Mondialisation économique.

Le XIXe siècle qui, pour les historiens, va de la Révolution française à la Première Guerre mondiale, est marqué par l'essor de la révolution industrielle. On note alors l'abaissement des coûts de transport, avec la généralisation de la machine à vapeur et celui des coûts de communication avec le télégraphe. Ces deux éléments permettent une meilleure intercommunication des différentes parties du globe et d'importants transferts d'hommes, de biens et de savoirs. Le XIXe siècle voit aussi d'importants flux de population à l'échelle planétaire. En Europe, la Révolution agricole éloigne les paysans de leur campagne. Les villes absorbent avec difficulté la hausse soudaine de la population du vieux continent qui quadruple entre 1750 et 1900. Les Occidentaux migrent massivement à travers le monde (Amériques, Australie, Algérie…). Ces flux de population modifient en profondeur la répartition de la main-d'œuvre au niveau mondial.

Au niveau économique, l'industrialisation rend possible le développement d'échanges de produits manufacturés entre pays industrialisés et en cours d'industrialisation. La colonisation entraîne des flux de matières premières depuis les colonies vers l'Europe. L'impact économique de ces échanges est cependant faible au regard de celui induit par les migrations mondiales. La colonisation a également pour effet d'intégrer l'essentiel de la planète dans un espace politique commun, et de favoriser des transferts financiers entre pays ainsi que vers les colonies.

Dans le domaine culturel, la multiplication des récits de voyage ou des modes comme l'orientalisme ou le japonisme montrent la montée en puissance dans l'imaginaire européen d'autres cultures, elles-mêmes souvent mises à mal par la colonisation. Jules Verne fait faire à Philéas Fogg Le Tour du monde en quatre-vingts jours, grâce au génie technique européen. À cette époque cependant, le mondialisme trouve sa première expression d'ampleur sur le socle du marxisme avec la fondation des Internationales.

Dans le Manifeste du Parti communiste (1848), Karl Marx et Friedrich Engels décrivent la mondialisation en ces termes :

« Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s'implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations.

Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l'industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l'adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n'emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe. A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de l'ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations. Et ce qui est vrai de la production matérielle ne l'est pas moins des productions de l'esprit. Les œuvres intellectuelles d'une nation deviennent la propriété commune de toutes. L'étroitesse et l'exclusivisme nationaux deviennent de jour en jour plus impossibles ; et de la multiplicité des littératures nationales et locales naît une littérature universelle.

Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l'amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu'aux nations les plus barbares. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et contraint à la capitulation les barbares les plus opiniâtrement hostiles aux étrangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production ; elle les force à introduire chez elles la prétendue civilisation, c'est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde à son image.

La bourgeoisie a soumis la campagne à la ville. Elle a créé d'énormes cités ; elle a prodigieusement augmenté la population des villes par rapport à celles des campagnes, et, par là, elle a arraché une grande partie de la population à l'abrutissement de la vie des champs.[23] »

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Les débuts du XXe siècle sont marqués par une méfiance croissante à l'égard des échanges mondiaux, entraînant le repli de nombreux pays sur eux-mêmes au détriment du processus de mondialisation[24]. Le phénomène commence dans le secteur où les échanges étaient les plus importants, celui de flux humains. En mettant en place de quotas à l'immigration (1911 pour les asiatiques, 1921 pour les autres populations), les États-Unis arrêtent brutalement le flux le plus important, tandis que les révolutions russes privent l'Europe d'un important partenaire commercial et financier.

La plupart des pays érigent alors d'importantes barrières douanières dans le but de protéger leur économie. Ce brusque cloisonnement des échanges matériels et financiers est un facteur essentiel de la crise des années 1930, qui marque le point d'arrêt quasi total de la mondialisation. Le rejet de ce processus dépasse alors le simple plan économique pour s'étendre à la politique, avec l'effondrement de la Société des Nations et un refus des cultures étrangères et des étrangers eux-mêmes qui tourne souvent à la xénophobie.

Si le début du XXe siècle freine la mondialisation, la deuxième moitié du XXe relance et accélère ce processus. Après 1945, celui-ci reprend, de manière très inégale en fonction des domaines. La reconstruction de l'Europe ainsi, la mise en place du bloc soviétique puis les décolonisations limitent la portée des échanges de biens et de services. La mondialisation s'inscrit alors plutôt dans la création d'organisations internationales, ONU, Banque mondiale, FMI ou GATT, ainsi que dans la généralisation des produits de la culture des États-Unis, en particulier le cinéma. Pour Pascal Lamy, l'invention du conteneur en 1958 puis Internet sont à l'origine de la mondialisation actuelle[25],[26]. Alors que le terme est déjà utilisé, ce n'est que vers 1971 que les échanges de biens retrouvent, en part du PIB mondial, leur niveau de 1910 et que reprend véritablement la mondialisation économique. Appuyée sur la baisse des coûts de transport, celle-ci désigne essentiellement le développement des échanges en biens manufacturés entre pays riches et nouveaux pays industrialisés (Corée du Sud, Taïwan, Brésil, Argentine…), qui représentent 80 % du commerce mondial. Au sein du COMECON, la planification favorise de même d'importants échanges de biens, largement en isolation vis-à-vis du reste du monde.

Au début des années 1980, de vastes zones géographiques (Afrique, essentiel de l'Asie) ainsi que les secteurs primaires (agriculture) et tertiaires (services) restent hors du processus de mondialisation économique, tandis que les flux de population restent faibles. Par ailleurs, l'amélioration des flux d'informations ainsi que l'assouplissement des lois portant sur l'investissement étranger favorisent la mise en place de marchés financiers d'échelle internationale. Pascal Lamy estime que l'autre invention majeure à l'origine de la mondialisation est internet et notamment son développement commercial à partir des années 1990[25],[26].

Débat sur la mondialisation[modifier | modifier le code]

Aussitôt que la mondialisation s’est imposée comme phénomène planétaire, deux conceptions, « unitaire » et « conflictuelle et plurielle » s’affrontent autour de l’explication de ce phénomène[27],[28].

Conception unitaire[modifier | modifier le code]

Selon la conception unitaire, la mondialisation évoque la notion d’un monde uni, d’un monde formant un village planétaire, d’un monde sans frontières. Ceci dans une approche géographique, idéologique ou économique. Cette conception est soutenue par des organisations internationales ou institutions internationales (notamment le FMI, l’OMC et autres), par le courant idéologique notamment le mondialisme. Elle est également partagée par quelques analystes[29].

Définir la mondialisation comme l’unification du monde signifie qu'il est question de l’interpénétration des cultures, des technologies et des économies (intégration dans l’économie mondiale). De ce fait, les expressions comme culture mondiale ou civilisation mondiale, gouvernance mondiale, économie mondiale, voire citoyen mondial sont de plus en plus utilisées.

La conception qui définit la mondialisation comme l’unification du monde contient par ailleurs une position intellectuelle qui prône plus d’ouverture pour arriver à une paix mondiale, une suppression totale des frontières. En revanche, même si cette conception présenterait l’avantage de créer dans l’homme le germe de l’espoir, elle resterait cependant restrictive dans la mesure où elle négligerait les autres manifestations de la mondialisation.

Conception conflictuelle et pluraliste[modifier | modifier le code]

Opposée à la conception unitaire, la conception conflictuelle et pluraliste considère la forme actuelle de la mondialisation comme la source de nos problèmes. Elle met en avant une approche de coopération plutôt que de mise en concurrence, qui est le principe de base de la forme actuelle de la mondialisation. Les partisans de cette conception sont notamment les courants altermondialiste et antimondialiste. Elle est également partagée par quelques analystes indépendants. Les problèmes que pose cette approche de la mondialisation sont ceux de l'hétérogénéité, de l'incompatibilité, de la fragmentation et de l'intégration, de l'ordre et du désordre, de l'inégalité, de l'exclusion et de la solidarité, de la domination, de l'exploitation, des affrontements idéologiques et des relations humaines qui sont souvent régies par des rapports de force.

Cette conception présenterait selon ses tenants l’avantage d’appréhender un peu plus clairement les éléments divers de ce phénomène aux multiples aspects alors que la première s’articulerait autour d’un seul point de vue. Du fait d’être défendue par les altermondialistes, cette conception est généralement vue comme une théorie économique et sociale proche du socialisme, notamment parce qu'elle prend la défense des plus pauvres. La vision de l'altermondialisme est davantage de coopération que de mise en concurrence des populations.

Économie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mondialisation économique.

L'évaluation des conséquences de la mondialisation économique comprend plusieurs volets, très contrastés selon la richesse du pays considéré.

Le caractère inéluctable ou naturel du processus de mondialisation est souvent mis en avant. Cependant, cette idée, présentée comme une « idée reçue » par les mouvements d’extrême gauche, peut être nuancée lorsqu'on[Qui ?] s'intéresse de plus près aux aspects commerciaux et financiers du phénomène. En effet, d'une part « la part des exportations dans la production mondiale de 1913 ne sera dépassée qu'en 1970 et stagne depuis lors », et d'autre part « les mouvements nets de capitaux sont actuellement plus modestes qu'au début du XXe siècle »[30].

Ainsi, pour l'éditorialiste Martin Wolf, responsable des rubriques économies au Financial Times, « la mondialisation relève sinon d'un mythe, du moins d'un abus de langage[31]. »

Échanges de biens matériels[modifier | modifier le code]

Le premier facteur explique la mise en place d'une division internationale du travail, puisqu'il peut être rentable de faire fabriquer une marchandise dans un pays pour la transporter et la vendre dans un autre. La généralisation de ce procédé à l'ensemble du processus de production (un bien est fabriqué en plusieurs étapes correspondant à autant de pays différents) entraîne la croissance d'interdépendances économiques d'autant plus fortes que les échanges le sont. La France et l'Allemagne en sont un exemple. Ce phénomène constitue essentiellement une continuation de ce qui avait été amorcé au XIXe siècle.

Ce processus trouve sa contrepartie dans la volonté des pays les plus riches de diminuer les droits de douane existant entre eux ainsi que ceux portant sur leurs produits dans les pays moins industrialisés. Les négociations du GATT puis de l'Organisation mondiale du commerce voient ainsi une diminution considérable des barrières douanières ainsi que l'élargissement de ce processus à l'agriculture et aux services.

Inégalités de revenus[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Inégalités de revenu.

La mondialisation met en évidence des inégalités de revenus à l'intérieur des pays développés (dirigeants / employés, travailleurs qualifiés / travailleurs non qualifiés) et entre pays développés, pays en développement et pays pauvres[32]. Encore, cette inégalité de revenus ne doit pas cacher le fait qu'elle reflète le plus souvent des différences considérables dans les modes de vie.

Pays riches[modifier | modifier le code]

Pour les pays riches, la mondialisation économique comporte deux bénéfices essentiels. Le premier profite au consommateur, qui a accès à un éventail plus large de biens (diversité) à un prix plus faible que s'ils étaient fabriqués dans le pays même. L'abondance de bien est un point fondamental des société de consommation. Quantitativement, cet effet est considérable, et peut être appréhendé en additionnant les gains des consommateurs à l'achat de produits textiles chinois. Le second bénéfice profite aux détenteurs du capital, qui obtiennent un meilleur rendement de leurs capitaux. Les pays riches subissent en revanche la délocalisation de leurs industries intensives en main-d'œuvre peu qualifiée, ainsi que de la concurrence accrue entre pays riches eux-mêmes. Quantitativement peu important, ces effets posent cependant des problèmes du fait qu'ils sont localisés, touchant particulièrement certains individus ou certaines régions, alors que les gains sont répartis sur l'ensemble de la population[33]. Ceci dit, la part de la population active en concurrence avec la main-d'œuvre peu qualifiée des pays en voie de développement n'est que de 3 %.

Or, selon le professeur Richard Baldwin la nature de la mondialisation est en train de changer radicalement, en raison de la forte baisse des coûts de transport, communication et coordination. La concurrence internationale - qui était principalement entre les entreprises et les secteurs dans différentes nations - se produit maintenant de plus en plus entre les travailleurs individuels effectuant des tâches similaires dans différents pays (par exemple les architectes, comptables, maquettistes, informaticiens, etc.)[34]. Alors, un paradigme de plus en plus désagrégés est nécessaire pour mesurer l'impact sur les individus et les entreprises[35]. De plus, selon le professeur Allan Blinder, la mondialisation est peut-être plus dommageable pour la classe moyenne que l'on pense, même si elle sera finalement bon pour l'économie mondiale plus large[36],[37].

Cependant, les niveaux scientifiques et technologiques de la Chine et de l'Inde se rapprochent très vite des standards occidentaux, et la qualité des télécommunications font que la concurrence directe des populations actives concerne maintenant les classes moyennes (délocalisation des centres d'appel par exemple), et les ingénieurs (tous les grands groupes de logiciels ont une antenne en plein essor en Inde)[38],[39]. Certaines études quantitatives économétriques tentant d'évaluer ces deux aspects seraient arrivées à la conclusion que les gains des pays riches à la division internationale du travail sont supérieurs aux pertes (délocalisations, désindustrialisation). Le problème des pays riches face à la mondialisation économique serait donc avant tout un problème de répartition de gains afin de pouvoir indemniser les autres pays en leur accordant une part des gains proportionnée à leur perte.[Lesquelles ?] Toutefois certains[40] contestent ces études, leur objectivité, leurs auteurs et leurs conclusions. Ces opposants estiment pour leur part que la mondialisation n'a pas été porteuse de croissance en Europe, qu'elle aurait plutôt été génératrice d'iniquités et de dégâts environnementaux, de concurrence désastreuse (de leur point de vue) entre États en matière de réglementation, de protection sociale, de fiscalité et d'éducation, aboutissant à un dumping social et à l'inefficacité locale des mouvements sociaux (le pouvoir politique de proximité ne pouvant leur donner satisfaction)[41]. Selon cette analyse la mondialisation ferait obstacle à la "lutte des classes" et risquerait à terme de détruire les protections sociales mises en place dans les États développés.

Nouveaux pays industrialisés[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la crise asiatique, les nouveaux pays industrialisés semblaient les grands gagnants de la mondialisation économique. Profitant d'une main-d'œuvre qualifiée et à faible coût, ils ont bénéficié d'investissements très importants en provenance des pays riches comme l'aide financière apportée au Japon par les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, ce qui leur a permis de construire une économie moderne et un système de formation solide, de sortir de la pauvreté. La crise asiatique a cependant montré l'étendue de leur dépendance à l'égard de marchés financiers prompts à l'emballement spéculatif comme à la panique.

Le bilan de la mondialisation économique pour ces pays est ainsi très contrasté, avec d'un côté des pays, comme la Corée du Sud ou Taïwan définitivement classés parmi les pays riches, d'autres, Thaïlande, Philippines, ont du mal à se remettre de la volatilité des investissements, et d'autres encore bénéficient très largement de la mondialisation au niveau du pays, mais avec une répartition très inégale de ces gains (Brésil, Chine)[42].

Pays pauvres[modifier | modifier le code]

Sur le plan économique, les pays les plus pauvres restent largement en dehors du processus de mondialisation. Celui-ci requiert en effet des institutions stables, un respect du droit de la propriété privée, une absence de corruption ainsi qu'un certain développement humain (santé et éducation) que ne présentent pas la plupart de ces pays. Leur ressource économique principale, l'agriculture, reste dominée par les stratégies protectionnistes des pays riches.

Finances[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mondialisation financière.

Après la Seconde Guerre mondiale les marchés financiers étaient réglementés nationalement et cloisonnés, avant de vivre 35 ans après une globalisation. Sous l'influence des différents acteurs mais aussi du FMI et de la Banque mondiale (consensus de Washington) les marchés ont subi une triple évolution dite « les trois D » : déréglementation (abolition des contrôles des changes et des restrictions aux mouvements de capitaux), désintermédiation ou accès direct des opérateurs aux marchés financiers sans passer par des intermédiaires et décloisonnement (éclatement des compartiments qui existaient). À partir de la fin des années 1970 un marché intégré des capitaux s'est peu à peu mis en place à l'échelle mondiale.

Au-delà des aspects géographiques c'est donc une nouvelle logique financière qui s'est instaurée, c'est pourquoi les spécialistes parlent plutôt de « globalisation » financière que simplement de mondialisation. On[Qui ?] peut dire qu'aujourd'hui[Quand ?] une sphère financière globalisée existe eu sein de l'économie mondiale. La mondialisation introduit une explosion sans précédent dans l'histoire des flux financiers à l'échelle du monde, qui est engendrée en grande partie par les facilités d'échanges informatiques sur la toile. La globalisation financière a favorisé le financement des entreprises et celui des balances des paiements. En supprimant les obstacles à la circulation du capital elle a donné une impulsion sans précédent aux marchés financiers. Force est cependant de constater que les vrais gagnants au jeu de la finance internationale moderne sont surtout les firmes multinationales, les Trésors publics, les établissements de crédit et les investisseurs institutionnels.

Les principaux risques liés au développement des marchés financiers sont :

  • La volatilité des marchés s'est accrue, entraînant une instabilité des taux d'intérêts et des taux de change[43] ;
  • Les risques systémiques engendrés soit par des pertes économiques importantes ou par une perte de confiance se transmettent plus facilement à l'ensemble de l'économie (théorie des dominos).

La globalisation financière a donné naissance à des risques nouveaux en engendrant des instabilités nouvelles. La question de la maîtrise de cette globalisation se pose aujourd'hui avec acuité car les États et les institutions (FMI, Banque_mondiale…) ont montré leur impuissance lors de crises importantes[44],[45]. Au-delà des risques nouveaux engendrés par la globalisation financière, de nouveaux acteurs apparaissent également. Les Hedge funds notamment sont des acteurs financiers opaques dans leur fonctionnement et complexes dans leurs relations avec les autres acteurs. N'ayant pas de définition légale, Aglietta, Khanniche et Rigot définissent les hedge funds à travers un ensemble de caractéristiques : l'absence de contraintes dans le champ des investisseurs, la multiplicité des stratégies, le dopage de rendement par l'effet de levier (endettement), les commissions de rémunération asymétriques et le recours à l'autorégulation[46].

Culture[modifier | modifier le code]

L'accès d'un nombre croissant d'individus à des réseaux d'information et de communication[47] communs conduit à deux effets :

Le premier est une prise de conscience accrue de la diversité culturelle et de l'interdépendance de l'ensemble des individus. Du fait de la multiplication des sources d'information, cela s'exprime par une meilleure connaissance de l'environnement et des enjeux mondiaux. Le patrimoine culturel mondial change de visage : L'Unesco en dresse une image plus documentée (liste Mémoire du monde) et plus vivante (patrimoine culturel immatériel de l'humanité). Des cultures minoritaires (amérindiens, bushmen) ont ainsi pu trouver une visibilité nouvelle, tandis que les questions à dimension internationale voient la montée en puissance des ONG comme acteurs de premier plan. De même, le fort brassage des courants religieux et philosophiques a stimulé l'œcuménisme et le dialogue interreligieux. Mais inversement, des communautarismes identitaires fondés sur un refus du relativisme et l'affirmation de la supériorité d'une culture sur les autres, se sont développés de manière concomitante.

Machine à vapeur de Watt.
L’anglais dans le monde. En bleu foncé, les pays où l'anglais est officiel ou de facto officiel. En bleu clair, pays où il est langue officielle (sauf au niveau provincial au Québec) mais pas la première langue parlée.

(très )longues citations d’une communication  faite le 20 mars 2010 à l’université de Saint Louis du Sénégal par Amadou Moctar Diallo

http://amoctad.blogspot.fr/2010/05/lafrique-face-la-mondialisation.html

 Je l’ai remaniée afin de répondre à une composition sur le sujet l’Afrique face à la mondialisation .C’est aussi l’occasion de revoir au début une définition générale de la mondialisation pouvant servir pour une introduction 

Les années 90 marquent une nouvelle ère dans la vie internationale. Cette période a été qualifiée de « nouvel ordre mondial » marquant le triomphe de la démocratie libérale et du capitalisme économique. Ainsi, notre monde est de plus en plus intégré ( = interdépendance des systèmes ). Le processus de la mondialisation qui connu un essor important après la fin de la guerre froide est devenu « un fait incontournable » . Cet essor s’explique aussi par la libéralisation de l’économie, le développement des technologies de l’Information et de la Communication (TIC), du transport, etc.

La mondialisation est une « notion  multidimensionnelle et touche tous les domaines de la vie économique, culturelle, environnementale et sociale- jusqu’ aux relations entre les Etats et les Nations des cinq continents. Ainsi elle nous pousse à re-analyser les concepts de « souveraineté, intérêt national, frontières etc. » . Mais si la mondialisation a donné naissance à des  opportunités sans précédent pour certains pays elle a également créé des vulnérabilités et des périls eux aussi sans précédent »

Quelle est la place du continent africain dans cette « ère de la mondialisation ». L’Afrique est-elle bien outillée pour profiter des opportunités qu’offre la mondialisation, et se prémunir des « vulnérabilités et périls » qu’elle occasionne ?

Il convient de constater la marginalisation de l’Afrique dans ce processus de mondialisation (I). Cependant, cette marginalisation est en train d’être combattue par des efforts d’intégration de la part des leaders du continent (II).

I-DE LA MARGINALISATION…

S’il est une région marginalisée dans la mondialisation, c’est bien l’Afrique. Cette marginalisation du continent africain s’explique par un certain nombre de facteurs et a des effets sur la vie du continent .

A-Les facteurs de la marginalisation

Les facteurs de cette marginalisation sont nombreux.

–> D’abord le continent africain est le continent qui a le plus enduré l’esclavage puis la colonisation qui ont duré des siècles. Cela a entraîné la balkanisation (division en petits morceaux comme les pays des Balkans c’est à dire l’ex -Yougoslavie )de l’Afrique en différents micro-Etats dépourvus de réel poids socio-économiques et politiques. Cette période a favorisé aussi l’exploitation des ressources premières du continent au détriment des peuples d’Afrique. Les « colonies qui n’étaient en fait que des pourvoyeurs de matières premières n’ont jamais pu bénéficier d’infrastructures adéquates et les populations n’avaient pas toujours accès à l’éducation et aux services sociaux de base qui font partie aujourd’hui des critères de pauvreté .

–> Par ailleurs, après les indépendances, les pays africains ont toujours maintenu de types d’économie axé sur l’exportation des matières premières vers l’Europe où elles sont transformées puis revendue sous forme de produits manufacturés en Afrique. Sur le plan économique, nous notons un déséquilibre dans les échanges commerciaux mondiaux. C’est la « la détérioration des termes de l’échange ».

–> Cependant, l’Afrique a contribué grandement aussi à sa propre marginalisation. En effet, l’instabilité sociopolitique du continent, le repli identitaire, l’absence de cadre juridique favorable aux investissements, le manque d’entreprises privées  sont des frein à l’intégration de certains pays dans cette « ère de la mondialisation »

B-Les effets de la marginalisation

Cette marginalisation du continent africain a des conséquences néfastes sur tous les plans. Sur le plan économique, elle accentue la fragilité des économies africaines. En effet, les produits africains ont du mal à être compétitifs sur le plan international. Puis sur le plan national, ils sont concurrencés par les produits des grandes firmes des puissances économiques de la triade. Ces firmes ont les moyens de mettre sur le marché des produits de qualité à faible prix.

Ensuite, sur le plan culturel, cette marginalisation entraîne la destruction ou l’affaiblissement des cultures africaines. On parle de l’ occidentalisation »du monde (Par exemple : la polygamie pratiquée dans le monde islamique et dans les milieux traditionnels africains est jugée inacceptable et même illégale dans presque tous les pays occidentaux. Inversement, ces pays dont certains d’entre eux qualifient la pratique homosexuelle comme légale, font pression sur les pays africains surtout pour qu’ils la légalisent.). Avec la montée en puissance des puissances non occidentales comme la Chine certains voient « la fin de l’arrogance civilisatrice de l’Occident »

Et enfin, sur le plan sociopolitique, cette marginalisation fait que l’Afrique, n’a pas d’influence réelle dans les grandes institutions financières internationales comme la Banque Mondiale (BM), le Fonds Monétaire Internationales (FMI) ou encore l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Or, c’est au sein de ces instances que se font les grandes négociations internationales, se définissent les grandes lignes de la politiques internationales. Ces institutions imposent une politique que les Etats africains sont contraints d’appliquer. L’exemple des plans d’ajustement structurels dont le Sénégal est signataire est édifiant.

La marginalisation d’une partie importante de la planète au processus de mondialisation a favorisé sa contestation par les mouvements altermondialistes à travers le Forum Social Mondial.

Cependant, les dirigeants africains ont compris que l’Afrique ne peut pas rester hors de ce processus en le subissant. L’Afrique veut aussi être un acteur de la mondialisation. C’est ce que explique son souci de bien s’intégrer dans ce processus.

II-…A la tentative d’intégration

« Bon gré, mal gré, l’Afrique doit aujourd’hui vivre, comme l’ensemble de notre planète à l’heure de ce que l’on appelle la mondialisation »Face à ce constat d’un ancien Président la République du Sénégal  l’Afrique a mis en place des instruments de sa propre intégration. Une intégration effective de l’Afrique dans ce processus constituera un enjeu majeur dans les relations internationales .

A-Les instruments de l’intégration

Le continent africain a mis en place un certain nombre d’organisations d’intégration économique chargées d’harmoniser les politiques des pays africains dans le domaine économique et social. Parmi ces organisations, nous pouvons citer l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) qui regroupe de l’Afrique occidentale, la Southern African Development Coordination Conference, (SADCC) avec les pays situés au Sud du continent. Ces regroupements régionaux permettent d’intensifier les échanges entre pays africains et créer un vaste marché où sera assuré une libre circulation des biens, des personnes et des services.

C’est surtout le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) qui constitue aujourd’hui le véritable instrument de réponse à la mondialisation. Fondé en 2001, sous l’initiative du Nigeria, du Sénégal, de l’Afrique du Sud et de l’Egypte, cette organisation prône« l’ouverture de l’Afrique au reste du monde, le recours aux investissements privés étrangers pour financer le développement, et la réduction du rôle de  l’Etat comme acteur du développement .

Cependant ces organisations présentent des faiblesses résultant même du manque de volonté des Etats membres de déléguer des pouvoirs réels et les moyens nécessaires pour la réalisation de leurs objectifs.

B-Les enjeux de l’intégration

Une Afrique intégrée dans le processus de la mondialisation n’est pas sans effet dans les relations internationales. En effet, cette intégration changera considérablement les rapports économiques et politiques entre l’Afrique et ses partenaires internationaux. Elle permettra de mieux revoir les termes de l’échange qui ne seront dictée par la logique de pays assistants à pays assistés, mais plutôt entre des partenaires égaux.

Ainsi, la mondialisation peut bien être très bénéfique pour l’Afrique si celle parvient à s’adapter à ces exigences. En effet, comme le montre Sylvie Brunel (une spécialiste française des problèmes de développement), « la mondialisation est un catalyseur du décollage économique. Les pays qui ont des institutions solides, un territoire bien équipé, un secteur industriel déjà étoffé, une population qualifiée se sont développés grâce à l’afflux des capitaux privés. Ceux qui profitent des cours élevés des matières premières pour diversifier leur économie et développer les services à la population, aussi. Les autres, non. La mondialisation ne suscite pas le développement. Elle peut juste l’accélérer. » Pour illustrer cela, nous pouvons citer l’exemple du Brésil, de l’Inde, de la Chine, de l’Afrique du Sud qui ont connu un développement assez considérable qui les range aujourd’hui dans le groupe des pays émergents et membre du G20.

Pour être compétitif le continent africain doit donc mettre sur le marché des produits compétitifs tant sur la qualité que sur le prix. Pour cela donc, il est nécessaire de développer l’industrie africaine et d’encourager l’initiative privée. Par ailleurs, les pays partenaires de peuvent « appuyer les efforts des pays africains en donnant libre accès à leurs marchés aux exportations de ces derniers, ce qui permettra aux pays pauvres très endettés de mieux s’intégrer au système commercial mondial ».

Une faiblesse de l’ intégration de l’Afrique peut même constituer une menace pour la sécurité internationale dans la mesure où le développement des TIC a aussi favorisé l’internationalisation des crimes organisés, du terrorisme, autant de fléaux qui trouble le « nouvel ordre mondial ».

Conclusion :

Malgré les efforts d’intégration dans le processus d’intégration, l’Afrique demeure toujours marginalisé surtout sur le plan économique : « ses exportations représentent 1% des exportations mondiales et sont composées pour l’essentiel de produits primaires. Sa part des investissements internationaux? Elle oscille autour de 2%, pour moitié dans l’exploitation pétrolière ».

Ainsi, si l’Afrique parvient à faire face à la mondialisation en profitant de ses fruits elle pourra s’intégrer .

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